Extraits

   
 

de Divers auteurs

 
     
 

 « En rêvant près de la rivière, j'ai voué mon imagination à l'eau, l'eau verte et claire () ; je ne puis m'asseoir près d'un ruisseau sans tomber dans une rêverie profonde, sans revoir mon bonheur.  »

Bachelard parle d'une mélancolie devant les eaux dormantes, une mélancolie qui a la couleur d'une mare dans une forêt humide, une mélancolie sans oppression, songeuse, lente et calme.

L'imagination matérielle de l'eau est un type particulier d'imagination, l'eau est un type de destin et l'être humain a le destin de l'eau qui coule. Ainsi l'eau qui coule, mène la vie ailleurs, nous vivons les images de l'eau.

Dans toutes les rêveries, l'eau imaginaire nous apparaît comme un élément transitoire, comme le schème fondamentale des mélanges ; on doit donc accorder un grande attention à la combinaison de l'eau et de la terre : c'est une matière capable d'une forme, une substance capable de vie, L'eau domine la terre, elle la rend argile, docile.

Pour Edgar Poe, il s'agit d'une eau lourde, plus profonde, plus morte, plus ensommeillée que toutes les eaux profondes que l'on trouve dans la nature. L'eau est alors une substance mère.

La rêverie commence parfois devant l'eau limpide, toute entière en reflets immenses, bruissante d'une musique cristalline. Elle finit au sein d'une eau triste et sombre, au sein d'une eau qui transmet d'étranges et de funèbres murmures.

Disparaître dans l'eau profonde, s'associer à la profondeur ou à l'infinité, tel est le destin humain qui prend son image dans celui des eaux.

Le destin des images de l'eau suit très exactement le destin de la rêverie de la matière.

« Toute eau primitivement claire est une eau qui doit s'assombrir »

E.Poe

« Contempler l'eau, c'est s'écouler, c'est se dissoudre, c'est mourir. »

Devant l'eau profonde, l'être humain choisit sa vision, il peut voir le fond immobile ou le courant, la rive ou l'infini.

L'eau par ses reflets, double le monde, double les choses, elle donne une autre vision du monde ou une vision d'un autre monde.

La rêverie devant le reflet des eaux a un destin esthétique, narcissique.

Près du ruisseau, dans ses reflets, le monde tend à la beauté.

L'eau contemplée en même temps dans ses reflets et dans sa profondeur possède une extraordinaire richesse métaphorique. On lit, par exemple, dans le « Prélude » de Wordworth :

« celui qui se penche sur le sein d'une eau tranquille, se plaît aux découvertes que fait son il au fond des eaux, voit mille belles choses et imagine plus encore ».

Ainsi, on associe à la rivière, l'évocation de la nudité féminine, mais aussi la nudité naturelle. «  L'être qui sort de l'eau est une reflet qui peu à peu se matérialise : il est une image avant d'être  un « être », il est un désir avant d'être une image. »

« L'eau est la matière où la nature, en d'émouvants reflets prépare les châteaux du rêve. »

La fée des eaux est la gardienne du mirage ; une flaque d'eau contient un univers, un instant de rêve contient une âme entière.

Gaston BACHELARD

 
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