Le Bassin Vert

   
 

Henri DE REGNIER

 
 

 

 
 

Son bronze qui fut chair l'érige en l'eau verdie,

Déesse d'autrefois triste d'être statue ;

La mousse peu à peu couvre l'épaule nue,

Et l'urne qui se tait pèse en la main roidie ;

 

L'onde qui s'engourdie mire avec perfidie,

L'ombre que toute chose en elle devenue,

Et son miroir fluide où s'allonge une nue

Imite inversement un ciel qu'il parodie.

 

Ce gazon toujours vert ressemble au bassin glauque

C'est le même carré de verdure équivoque

Dont le marbre ou le buis encadrent l'herbe ou l'eau.

 

Et dans l'eau smaragdine et l'herbe d'émeraude,

Regarde, tour à tour, errer en ors rivaux

La jaune feuille morte et le cyprin qui rôde


 
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